vendredi 9 janvier 2009

Microfinance French Touch : connaissez vous les Cigales?


Les CIGALES, Clubs d'Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l'Epargne Solidaire, effectuent des investissements de proximité dans des sociétés (SARL, SCOP ou SA) ou dans des associations qui respectent les dimensions sociales, culturelles, écologiques et contribuent au développement d'une économie alternative et solidaire. Créés en 1983, les Clubs CIGALES sont constitués sous le statut de l'indivision. La fédération des CIGALES coordonne et favorise le développement du réseau CIGALES composé aujourd'hui d'une centaine de Clubs d'Investisseurs.
Nous verrons comment, dans le cadre de cet organisme de micro-finance français, la structure a pu mobiliser la confiance des membres associés et répondre à des besoins de financement non satisfaits par le secteur traditionnel en élargissant sa notoriété au delà de la relation client-finanaceur.
Les cigales mobilisent l'épargne des membres associés par un projet fort dont les risques sont limités et par un accompagnement de la démarche :
Les cigales, un outil fondé sur l'engagement de ses membres, fédérés par un projet mobilisateur:
Les Clubs
CIGALES sont "en eux-mêmes" des produits d'épargne solidaire de proximité, constitués grâce aux apports des " cigaliers " qui épargnent tous les mois, dans ce "pot commun" (indivision), des sommes pouvant aller de 7,62 € à 457,25 €. La Fédération des CIGALES reçoit quant à elle des financements publics et privés et possède des ressources propres émanant des cotisations des clubs CIGALES.
Ces clubs sont constitués d'investisseurs « engagés » bénéficiant entre eux d'une confiance « horizontale », dans laquelle « les risques courus sont moindres et le degré de confiance est supposé d'autant plus élevé » puisque ce sont en quelque sorte des « pairs » qui se regroupent pour créer une cigale. Ils sont animés par la volonté de développer les pratiques alternatives et solidaires de proximité. Ceci est une illustration de l'hypothèse de Jean-Michel SERVET du rejet de la seule logique opportuniste dans le dispositif de la micro-finance : « le besoin de considération et celui de l'affection d'autrui sont des mobiles d'agir puissants. » . Les principes de la Charte des cigales sont définis comme suite ( l'Assemblée générale de 2000):
-maîtriser l’utilisation de son épargne gérer l’épargne autrement, de manière transparente, collective et démocratique, où chacun est à la fois responsable et solidaire,
-donner un sens économique et une pratique à la notion de proximité : rapprocher l’épargne de l’investissement pour un développement local durable.
-développer une pratique différente de l’utilisation du capital : en faire un instrument d’accompagnement et d’appui aux entreprises cigalées dans un souci de réciprocité entre entrepreneurs et épargnants,
-donner la priorité à des entrepreneurs dont les buts, au delà du nécessaire aspect financier, sont sociaux culturels, écologiques, c’est-à-dire respectueux de la place de l’Homme dans son environnement.
C’est sur la nature des projets que s’effectue avant tout la sélection : l’activité respecte-t-elle des dimensions écologiques ? Culturelles ? Sociales ? Est-elle d’utilité sociale ? Plus globalement, elles retiennent des projets d’entreprises « respectueuses de la place de l’homme dans son environnement ».
Des risques limités qui encouragent la confiance:
1)par les montants de l'investissement:
Les clubs CIGALES effectuent des investissements de proximité d'un montant moyen de 4 000€ par entreprise. Si le capital est modeste, il vise à faire " effet levier " auprès d'autres investisseurs. Solidaires, les cigaliers prennent un risque au coté des créateurs en participant au capital de l'entreprise. Ils investissent dans des sociétés sous forme de participation dans le capital ou dans des associations sous forme de contrat d'apport avec droit de reprise. Les clubs CIGALES financent chacun 1 à 3 entreprises en moyenne par an. En 2002, pour l'ensemble des clubs, 418 entreprises ont été financées depuis 1993 pour un montant total d'investissement de 1,98 million d'euros, contribuant ainsi à la création ou au maintien de 126 emplois (plusieurs clubs pouvant investir dans une même entreprise).
2)par l'étude rigoureuse des dossiers: la recherche de l'efficacité et la maximisation de l'information disponible :
La sélection des dossiers se fait par une étude rigoureuse permettant d'évaluer la viabilité du projet ainsi que les compétences et les motivations du créateur. Le fait de chercher à agir au plus près du territoire maximise la confiance « interne ».
3)par la durée limitée de l'engagement:
En effet, au terme de quelques années, les entreprises capitalisées doivent, dans la mesure du possible, racheter les parts détenues par la CIGALE. L'adhérent peut alors récupérer sa part, au prorata du montant de l'épargne initialement investie dans l'indivision (dont la durée est limitée).
4)par la signature d'une convention et l'existence de garanties
Il s'agit ici d'articuler « logique de confiance » et « logique sécuritaire ». Les Cigales et l'entreprise peuvent formaliser leurs rapports par la signature d'une convention notifiant le montant souscrit, la date prévue de rachat des parts de la CIGALE par l'entreprise, ou encore l'attribution éventuelle d'un siège au conseil d'administration pour la CIGALE. L'existence d'une telle convention permet à la Cigale de bénéficier de la garantie du Fonds France Active pour 50 % de la somme investie. En contrepartie, la CIGALE devra transmettre un dossier complet sur l'entreprise financée et assurer le suivi de cette dernière. En outre, le Club devra s'acquitter, auprès du Fonds France Active, d'une cotisation égale à 4 % du montant garanti.
Un accompagnement de la démarche sécurisant pour les membres:
Lors de la création d'une nouvelle CIGALE, la Fédération des Cigales joue un rôle important : remise de la Charte, explication par des cigaliers expérimentés, utilisation du jeu de sensibilisation à l'épargne de proximité « Solidarisk » crée par la Fédération, les statuts sont adoptés (qui figurent dans le guide de création des CIGALES. La convention d'indivision volontaire à durée déterminée est signée et au moins deux responsables sont élus (le gérant et le trésorier).
Assurer sa réputation en remplissant un rôle original auprès des porteurs de projet et en diffusant ses valeurs :
Répondre aux besoins peu ou mal satisfaits des emprunteurs:
1)parce qu'ils souffrent d'un déficit de confiance des Banques à leur égard:
Les fonds apportés sont souvent minimes 900 à 12 000 €, la plupart des projets se situant autour des 2000 euros. Les emprunteurs ne sont pas souvent en mesure de présenter un dossier seul à la Banque faute de temps ou de connaissances insuffisantes en montage de projet.Les « petits projets » portés par des personnes « stigmatisées » (bénéficiaires du RMI, Chômeurs de longue durée, …).n’intéressent pas toujours les financeurs et d’autant moins quand « l’utilité sociale » n’apporte pas, a priori, un gage de solvabilité. Les CIGALES favorisent la création de ces activités par un coup de pouce au départ qui peut se traduire par un effet levier auprès d’autres financeurs. En soutenant des projets qui véhiculent des valeurs fortes, elles tentent aussi d’agir sur la société, tant au niveau local que national.
2) « Capacity building »:
Les membres de la CIGALES peuvent mettre leurs compétences personnelles et professionnelles au service du créateur . Le soutien n’est pas que financier, il est aussi technique et moral. En ce sens, le créateur s’inscrit dans un réseau de personne qui portera le projet avec lui. Ceci étant, la confiance des CIGALES dans sa capacité à porter le projet, sa motivation et la constitution de son équipe de départ est essentielle.
Une action de communication importante auprès des entreprises, des acteurs locaux, nationaux et européens afin d'étendre sa notoriété, bénéficier de subventions et faire progresser le projet:
1)Les cigales ne peuvent plus être réduites à de simples clubs d'investisseurs:
A la fois par l’importance de son ancrage territorial, sa quasi couverture de l’hexagone et du fait de sa longévité (20 années d’existence), les Cigales ne peuvent être réduites à de simples clubs d’investisseurs. Leurs contributions au fil des années ont permis: - D’asseoir et d’amplifier en France la notion d’épargne alternative, éthique, de proximité et solidaire ;- D’inscrire de nouvelles pratiques d’appui à la création d’entreprises sur un territoire en mettant en capacité chaque citoyen qui le désire de s’intéresser, de se mobiliser et de s’investir concrètement dans le devenir social et économique de son village, de sa commune, de son pays ;- De stabiliser et parfois de conforter l’ancrage territorial de réseaux partenaires en faveur du développement local (Finansol, Mouvement de l’Economie Solidaire, Bourse aux Financements Solidaires, Nouvelle Economie Fraternelle, Garrigue, etc.).
2) la consécration de la notoriété : l'obtention d'un produit labellisé:
Le produit d'épargne solidaire proposé par les Cigales est labellisé Finansol, ce qui offre un certain nombre de gages de crédibilité. De par la personnalité de son créateur, tout d'abord, Guy Courtois, ancien Directeur du Développement au Crédit Coopératif.
Le label Finansol qui distingue les produits d'épargne solidaires des produits d'épargne classiques a été créé en 1997 sous l'impulsion de Jean Paul Vigier président du comité du label jusqu'à fin 2003. Depuis sa création, le nombre de produits labellisés n'a cessé d'augmenter ce qui montre la fiabilité du label pour les gestionnaires d'épargne. Le nombre de souscripteurs s'est lui aussi envolé sur la même période, marquant ainsi la confiance dans le label Finansol pour les épargnants.Le label Finansol vise à donner une garantie de transparence, d'éthique et de solidarité aux produits d'épargne qu'il distingue. Ces critères concernent l'utilisation de l'épargne ou des revenus de cette épargne et la transparence dans sa gestion. Une partie de cette épargne doit ainsi travailler en faveur de projets solidaires et les épargnants doivent être tenus informés des activités menées grâce à leurs souscriptions.
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Environ 2,6 millions d’euros ont été collectés au profit de ces entreprises que l’on nomme « cigalées », entreprises porteuses de valeur de transformation sociale et économique.Cette histoire a été possible grâce à un réseau de bénévoles militants qui ont contribués, encore aujourd’hui, à l’émergence de nouvelles activités économiques sous forme d’entreprises collectives, grâce à la mobilisation de leur savoir-faire et à la capitalisation de leur épargne mais elles ont aussi et surtout assurer la crédibilité de ce projet de microfinance et développer de nouvelles relations de confiance entre emprunteurs et financeurs .
Dans un environnement plus propice au développement de pratiques financières et économiques alternatives (concept de la responsabilité sociale des entreprises, l’épargne salariale, la création de nombreux outils financiers solidaires), les Cigales doivent revendiquer leur identité mais aussi réfléchir aux voies et moyens pour développer un mouvement d’épargnants solidaires sur les territoires.
BIBLIOGRAPHIE :
1) Jean-Michel Servet, Banquiers aux pieds-nus, La microfinance, Paris, Odile Jacob, 2006
2) http://www.cigales.asso.fr

1 commentaires:

Yokoto a dit…

Merci de m'avoir fait découvrir cette très intéressante initiative.